Association Entourage, rencontre avec Claire

Association Entourage, rencontre avec Claire

C’est après 6 mois en tant que journaliste d’une matinale, qu’une rencontre va bouleverser la vie de Claire.

Portrait d’une salariée investie

Abandon de carrière
Levée dès 3 heures du matin, en décalage avec son entourage, Claire trouve que son travail manque de sens et que son quotidien est éloigné du poste magnifiquement vendu.

Son début de carrière ressemble davantage à celui d’une rédactrice web qu’à une journaliste radio.

C’est par le biais de Twitter que sa carrière va prendre un virage radical. Elle rencontre Jean-Marc POTDEVIN, fondateur de l’association Entourage, et prend la décision trois jours après leur entrevue, de tout plaquer, pour devenir, une des premières salariées de l’association. C’était en janvier 2016.

Entourage, une association pour les sans-abri, avec les sans-abri
Créée en 2014, l’association prend son essor en janvier 2016, avec l’arrivée de trois salariées dont Claire, qui s’occupe de la communication.

Elle a la particularité de s’appuyer sur l’expérience des sans-abri (50% de l’équipe décisionnaire) pour valider les décisions et définir les actions.

Soutenue par deux fondations dès ses débuts, la Fondation Bettencourt Schueller et la Fondation La France s’Engage, l’association Entourage voit ses mécènes se multiplier.

Des outils pour aider les sans-abri

Le but d’Entourage est de créer du lien social. Parti du constat que la pire chose dans la rue est la solitude, l’invisibilité et le rejet des passants et que le voisinage ignore comment tisser du lien et venir en aide aux sans-abri à proximité (gêne, peur,..), est née l’idée de se faire rencontrer ses deux populations.

Le premier moyen d’action est de lever les objections et les appréhensions. « Simple comme bonjour » est un outil précieux apportant les réponses aux questions les plus courantes des riverains, disponible en livret et en vidéo. Comprendre, changer de regard et agir, tel est le but de cet outil.

La technologie vient au secours des personnes sans-abri. L’application « Entourage », disponible depuis 2 ans (Android et IOS) est destinée à atténuer la pauvreté relationnelle que subissent les sans-abri. Elle réconcilie le besoin des sans-abri en tissant un réseau avec le voisinage, souhaitant apporter leur aide.

Entourage, c’est près de 50 000 comptes et plus de 4600 actions de solidarité ! Parmi elles, 15% sont à l’initiative des sans-abri eux-mêmes.

L’usage a évolué depuis l’arrivée d’associations qui élargissent le champ d’action.

Des évènements pour démystifier

Vivre dans la rue, c’est être confronté.e à la fatigue (longue marche et peu de sommeil), le manque d’intimité, la perte de l’estime de soi, la perte progressive des codes sociaux ordinaires, la solitude et la violence. C’est subir les préjugés de la société comme la dépendance à l’alcool (21% des personnes sans-abri concernées), la fainéantise (seules 34% des personnes qui ont le droit aux prestations sociales touchent le RSA, 24% des hommes sans-abri travaillent).

Des préjugés nécessitant des rencontres

Des évènements de convivialité voient le jour à Grenoble, Lille, Lyon, Paris et Rennes. Ces évènements sont l’occasion d’un partage autour d’un sujet (projection, galette,…), d’une présence pour les personnes sans-abri et d’un changement de regard pour le voisinage. Les personnes sans-abri sont des jeunes, des femmes (40%), des hommes, des migrant .es, des victimes de violences conjugales, des sans-emploi suite à une inaptitude, des anciens enfants placés (23%)… autant de personnes que d’histoires qui rappellent que tout peut basculer du jour au lendemain.

En intégrant l’association Entourage, Claire sort de sa routine : distribution, campagnes de sensibilisation, partenariats, interventions dans les universités… « Chaque journée est spéciale et mon travail a du sens. »

Une rencontre devenue révélation.

Marie, portrait d’une battante

Marie, portrait d’une battante

C’est avec le sourire que Marie nous accueille par cette journée automnale. Les températures ont baissé et l’humidité s’est installée. L’air frais s’infiltre dans la camionnette où elle vit depuis 18 mois avec son compagnon et ses chiens.

Marie, c’est une femme de 40 ans sans domicile fixe qui survit dans la région nantaise.

Rencontre avec une battante.

De l’arnaque à la rue

C’est sur un site bien connu que Marie a trouvé la location rêvée. Une maison. Idéale pour eux et leurs chiens. La rapide rencontre avec le propriétaire, un retraité vivant à l’étranger, aboutit sur l’emménagement. Le loyer est onéreux et Marie souhaite faire une demande d’aide au logement. Aide nécessitant quittance de loyer. Relance après relance auprès du propriétaire, le couple continue à payer l’intégralité du loyer sans obtenir le moindre document de sa part.

Marie fait les démarches pour obtenir un logement social. Sans succès. Les dettes commencent à s’accumuler et le couple, qui a récemment acheté une vieille camionnette, est contraint de partir sans avoir obtenu un logement à loyer modéré.

C’est cette camionnette qui devient leur toit.

La descente en enfer

Sans domicile, Marie et son compagnon installent leur camionnette en périphérie nantaise. La mairie leur fournit une adresse postale. Marie, dans la détresse, mettra des mois avant d’ouvrir son courrier.

Des douches sont proposées par la municipalité. Le linge est lavé par sa sœur qui l’aide à la hauteur de ses moyens.

Un malheur en appelle un autre. Le compagnon de Marie subit deux grosses interventions qui nécessitent de longs mois d’arrêt maladie et l’impossibilité de reprendre son métier. Il est reconnu travailleur en situation de handicap.

L’isolement

En invalidité et en souffrance, la santé psychique de Marie se dégrade. « C’est dans les moments difficiles qu’on reconnaît ses amis » est une expression qui prend tout son sens pour elle. A la difficulté de la situation s’ajoute l’isolement. Peu de famille. De rares ami.es. Le repli sur soi s’installe et côtoyer le monde extérieur devient de plus en plus difficile.

Les chiens leur apportent un grand réconfort et la chaleur indispensable à la survie l’hiver.

De l’espoir

C’est son cœur de mère qui la pousse à se battre. C’est pour son fils qu’elle voit pendant les vacances, qu’elle puise le peu d’énergie qui lui reste. C’est sa sœur qui l’accueille chez elle pour que Marie puisse le voir. Elle reprend les démarches entreprises avant la perte de logement auprès des services sociaux. Son fils ignore la situation dramatique dans laquelle sa maman se trouve.

Elle prend contact avec une assistance sociale. Elle commence à renouer avec la société.

«Avec un logement, 90% de mes problèmes seront résolus »

C’est le 26 novembre prochain que Marie saura si un logement d’urgence lui est accordé pour trois mois.

Ce sera le début d’une nouvelle vie. Trois mois qui pourront durer en raison de la trêve hivernale. Quelques mois pour espérer trouver un logement à loyer modéré à l’échéance de l’hiver.

Marie, c’est une battante généreuse, qui, au pied de sa récalcitrante camionnette parfaitement entretenue, nous confie en souriant se sentir privilégiée d’avoir ce toit quand d’autres dorment dehors.

 

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